Dreus & Sreus...








"Il fallut qu'elles s'eussent pour que rien d'autre ne compte."

Et merci à Léa pour la correction grammaticale.





# Posté le vendredi 23 janvier 2009 06:33

Chut.

Chut.



Tes larmes asséchées depuis longtemps, retenues et taries. C'est un puits enseveli sous une végétation toujours plus abondante, des ronces et des épines qui écorchent tes yeux de mille griffures.

Sur l'étagère, des cadres en bois recouverts d'une fine pellicule de poussière qu'un courant d'air fait voltiger. Vos visages fixes, statufiés, condamnés à arborer pour toujours la même expression.

Cheveux blancs et camélias, odeur de térébenthine, volets clos. T'as la peau transparente autour des aiguilles, et de fines veines bleues sillonnent ta chair, les cheveux en éventail autour de tes fissures.

Je regarde tes yeux égarés dans le ciel, perdus ailleurs, dans un endroit loin de moi. C'est un vide géant qui s'ouvre à tes pieds, t'y bascules la tête la première, se laisser engouffrer. 55 secondes.

Tes doigts se posent sur les touches du piano, papillons délicats qui viennent mourir sur la courbe alanguie d'une nuque, une mèche noire qui s'échappe, venant frôler ton cou. Buée, silence.

Ma main entre tes omoplates, la tête sous l'eau sans respirer, la première qui devient violette a gagné. C'est l'histoire d'une fillette de six ans qui décide de ne plus parler, avalanche prisonnière de sa gorge.

Enclume. Elles tiraillent les croûtes, arracher mes ongles, mords mon bras, tout va bien, tout a toujours été bien, à part des silences un peu trop longs, des sourires sans écho, des bras qui enserrent le vide.

# Posté le vendredi 09 janvier 2009 21:26

Une grande claque dans la gueule.










MIEUX.





Beaucoup mieux.







# Posté le lundi 22 décembre 2008 18:03

Modifié le vendredi 09 janvier 2009 22:07

Enjoy The Ride.






"With the moonlight to guide you,
Feel the joy of being alive,
The day that you stop running,
Is the day that you arrive."


C'est une histoire de timidité, de regards et de tristesse.



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# Posté le jeudi 18 décembre 2008 15:49

Modifié le jeudi 18 décembre 2008 16:15

"Le Cinéma"

"Le Cinéma"

"Ce n'est pas vraiment une sortie, le cinéma. On est à peine avec les autres. Ce qui compte, c'est cette espèce de flottement ouaté que l'on éprouve en entrant dans la salle. Le film n'est pas commencé; une lumière d'aquarium tamise les conversations feutrées. Tout est bombé, velouté, assourdi. La moquette sous les pieds, on dévale avec une fausse aisance vers un rang de fauteuils vide. On ne peut pas dire qu'on s'assoie, ni même qu'on se carre dans son siège. Il faut apprivoiser ce volume rebondi, mi-compact, mi-moelleux. On se love à petits coups voluptueux. En même temps, le parallélisme, l'orientation vers l'écran mêlent l'adhésion collective au plaisir égoïste.
Le partage s'arrête là, ou presque. Que saura-t-on de ce géant désinvolte qui lit encore son journal, trois rangs devant ? Quelques rires peut-être, aux moments où l'on n'aura pas ri - ou pire encore : quelques silences aux moments où l'on aura ri soi-même. Au cinéma, on ne se découvre pas. On sort pour se cacher, pour se blottir, pour s'enfoncer. On est au fond de la piscine, et dans le bleu tout peut venir de cette fausse scène sans profondeur, abolie par l'écran. Aucune odeur, aucun coulis de vent dans cette salle penchée vers une attente plate, abstraite, dans ce volume conçu pour déifier une surface.
L'obscurité se fait, l'autel s'allume. On va flotter, poisson de l'air, oiseau de l'eau. Le corps va s'engourdir, et l'on devient campagne anglaise, avenue de New-York ou pluie de Brest. On est la vie, la mort, l'amour, la guerre, noyé dans l'entonnoir d'un pinceau de lumière où la poussière danse. Quand le mot fin s'inscrit, on reste prostré, en apnée. Puis la lumière insupportable se rallume. Il faut se déplier alors dans le coton, et s'ébrouer vers la sortie en somnambule. Surtout ne pas laisser tomber tout de suite les mots qui vont casser, juger, noter. Sur la moquette vertigineuse, attendre patiemment que le géant au journal soit passé devant. Cosmonaute pataud, garder quelques secondes cette étrange apesanteur."

Extrait de "La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules" de Philippe Delerm.
Photo : "Burn After Reading" ;).

# Posté le samedi 13 décembre 2008 15:27